Le harcèlement à l’école, comme brève synthèse, comporte les caractéristiques suivantes : une violence intentionnelle et asymétrique, une répétition, un isolement pour la victime vis-à-vis de ses autres camarades. Parfois, une situation de harcèlement peut débuter par des remarques et moqueries sur l’apparence physique d’un élève, notamment sur le style vestimentaire. Les débats sur le port de l’uniforme dans les écoles portent sur les aspects positifs et négatifs que l’homogénéisation vestimentaire apporterait. Dans cet article, l’analyse portera sur ces différents aspects et s’ils peuvent avoir un impact pour réduire le harcèlement. 

L’école obligatoire en Suisse dure généralement de quatre à quinze ou seize ans, pour un élève scolarisé en école publique. Les enfants grandissent, changent, et cherchent également leur personnalité par l’affirmation d’un style. Cela peut passer par une coupe de cheveux, divers accessoires, une manière de parler ou de se comporter, mais apparaît surtout au niveau vestimentaire. Une première inégalité survient donc dans les différences budgétaires données aux enfants : alors que certains exhibent des marques coûteuses, d’autres s’habillent plus simplement, que ce soit par choix ou nécessité. En effet, de nombreux parents refusent d’investir une somme d’argent considérable pour un logo ou une marque de chaussures. L’asymétrie intervient d’elle-même dans cet écart vestimentaire, créant parfois une porte d’entrée aux remarques incisives. Comme le dit Anouchka Grose, autrice de La violence de la mode : 

« L’attrait du vêtement s’explique par l’importance croissante de sa fonction sociale. La mode est devenue, même chez les enfants, une référence, dictant des comportements vestimentaires identiques à tous, en promettant l’individualité du look, mais dénonçant aussi des comportements hors normes ».

Ce constat est un point de départ pour les défenseurs du port de l’uniforme scolaire. L’homogénéité induite par des vêtements similaires permettrait d’éradiquer cette asymétrie. Une étude menée en Californie en 1995 montre que l’obligation de porter un uniforme avait réduit les violences scolaires de plus de 90%. Cela s’explique d’abord par l’abolition des inégalités vestimentaires au-travers des marques et d’habits à la dernière mode, mais aussi par l’apparition d’un fort sentiment d’appartenance. Les élèves s’identifient aux autres, puisqu’ils suivent les mêmes cours, dans un même lieu, au nom d’une même école. Dès lors, il devient plus difficile d’introduire des moqueries portant sur le style. Un autre point montre que les élèves cherchaient davantage à se distinguer par des comportements moraux et des caractéristiques intellectuelles, qu’il s’agisse d’actes positifs au sein de l’école, de participation plus active aux cours ou d’une volonté d’intégration à la vie scolaire (activités sportives, branches facultatives, etc.). 

Cependant, si l’uniforme permet une meilleure cohésion sociale, il est également sujet à controverse pour plusieurs raisons. La première intervient dans cette mention de la personnalité, qui se développe également dans la recherche vestimentaire, et qui se retrouve uniformisée dans un standard. Pour contrer la similitude apportée par l’uniforme, les élèves cherchent à se démarquer par d’autres moyens : sac d’école, fournitures scolaires, bijoux, chaussures… La même problématique se retrouve donc, l’enfant sera jugé sur la valeur des accessoires qui le différencient. En plus de cela, les uniformes sont rarement semblables entre les filles et les garçons, généralement une jupe pour un pantalon. Dès lors, une différence notable peut s’installer, conduisant à une problématique plus générale : « Tu es une fille, donc tu dois porter un habit de fille », idem pour les garçons. Ce dictat amène parfois à une autre forme de harcèlement, au niveau sexuel, où la tenue de la jeune fille devient l’objet de railleries et de comportements déplacés.

Une autre divergence porte sur la signification hiérarchique que l’uniforme induit. Les élèves « appartiennent » à une école, créant ainsi une symbolique d’autorité. En tenue scolaire, les enfants sont induits à se comporter d’une certaine manière, afin de représenter au mieux les valeurs de l’école en question. L’actualité de cette réflexion se pose, puisque l’école est une institution obligatoire certes, mais qui ne détient pas une ascendance sur ses élèves. 

Pour conclure ce propos, il est notable que l’uniforme scolaire permet d’uniformiser les différences et de créer un sentiment d’appartenance entre les élèves d’une même école. Pourtant, des différences apparaissent notamment entre les différenciations des tenues « filles VS garçons », ainsi que par d’autres stratégies mise en place par les enfants, pour malgré tout montrer leur individualité, comme dans la mise en avant d’accessoires. La véritable question ne serait donc plus, « Faut-il adopter un uniforme scolaire pour uniformiser les écoles ? », mais plutôt « Comment accompagner au mieux un enfant dans son développement scolaire et lui faire accepter les différences qui apparaissent dans cette construction ? ».