Quand l’école devient un combat silencieux

J’avais dix ans lorsque ça a commencé. Le jour où tout s’est effondré, j’étais dans la cour avec mes amies. Nous étions six. Quelques minutes avant, c’était une récré normale, jusqu’à ce que mes cinq amies se tournent vers moi et commencent à me faire des réflexions sur mon caractère plutôt timide et introverti. Pour elles, c’était pour m’aider qu’elles me disaient que j’étais « trop timide », « coincée ». Elles sont allées jusqu’à me donner le conseil de me mettre « un balai dans les fesses et de le retirer ». Étant justement timide et n’osant jamais rien dire, j’ai continué ma journée comme si de rien n’était, et même le soir venu, avec ma famille, je suis restée silencieuse sur cet événement.

C’est seulement le lendemain matin que j’en ai parlé à ma mère. Elle avait remarqué que quelque chose n’allait pas et m’avait demandé ce qui me tracassait. Alors, ne pouvant plus retenir les maux , je lui ai expliqué ce qui m’était arrivé. Sur le moment, ne sachant pas trop ce qui se passerait par la suite , ma mère m’a emmenée à l’école en me disant de rester à l’écart de mes amies et elle est allée discuter avec la maîtresse. En arrivant dans la cour, je me suis mise dans mon coin, et l’une de mes copines est venue me voir en me demandant pourquoi je n’étais pas allée vers elles. Je lui ai expliqué que j’avais raconté à ma mère ce qu’elles m’avaient dit. À la récré suivante, elle l’a dit aux autres que ma mère était au courant et l’une d’entre elles s’est mise en colère, me reprochant d’en avoir parlé à ma mère alors qu’elles voulaient juste « m’aider ».

Les jours suivants, je restais seule assise sur un banc, puisque les autres amies que j’avais les années précédentes dans ce genre de situation étaient au collège et non plus dans mon établissement. Mes parents ont pris rendez-vous avec ma maîtresse, avec mon témoignage écrit sur ce qui s’était passé, mais la seule chose qu’elle leur a répondu était que nous étions « des chatons qui se griffaient le museau ». Jusqu’à la fin de l’année, cette maîtresse m’a forcée à aller avec ce groupe qui ne voulait clairement plus de moi.

En plus, à peu près une semaine après l’événement, je me suis fracturé le tibia, ce qui m’empêchait de bouger à ma guise et donc de me mettre debout dans certaines circonstances. Elles en profitaient pour se mettre autour du banc où j’étais et me prendre de haut. Mes parents m’ont plusieurs fois proposé de changer d’école, mais j’ai toujours refusé par peur d’arriver dans un nouvel établissement en dernière année.

Finalement, je ne suis pas allée dans mon collège de secteur, mais dans un établissement privé d’une ville proche de chez moi, où une seule des cinq filles s’est retrouvée avec moi. Malheureusement, celle-ci a continué à me critiquer avec ses nouvelles amies. Mais, elle n’était pas la seule, puisqu’une des autres a également continué à me critiquer, même quatre ans après, sans qu’on ne se soit jamais revues et alors que j’ai déménagé et changé de pays.

Entre-temps, pendant mes deux premières années de collège, pas mal de choses ne m’ont pas aidée. Durant ma première année, ma prof d’anglais avait des chouchous dans la classe, et je n’en faisais pas partie. Quand je rigolais lors d’un passage à l’oral, comme le faisaient d’autres, elle ne le laissait pas passer. Certaines filles me prenaient de haut, parce qu’elles étaient amies avec la seule de mes harceleuses qui était présente dans cet établissement.

En deuxième année, j’avais une meilleure classe. Cependant, un de mes profs, en essayant de m’aider avec l’oral, a plus renforcé mon traumatisme en me faisant passer en débat au milieu d’un cercle formé par les autres élèves. J’ai fini en pleurs, dans le couloir.

L’année suivante, j’avais une prof d’anglais qui n’était pas foncièrement méchante, mais qui n’arrivait pas à gérer notre génération. Les trois quarts de ma classe étaient compliqués à vivre et ne lui laissaient pas de répit. Seulement, j’étais gentille et elle m’interrogeait tout le temps. Lorsque je me trompais, ceux de ma classe se moquaient. Au bout de six semaines, je me suis retrouvée déscolarisée une première fois. À cause d’eux, il m’est devenu impossible de parler anglais sans me mettre à pleurer. C’est seulement deux ans plus tard que j’ai réussi à vaincre cette peur. Par la suite, j’ai donc déménagé dans un nouveau pays.

Une fois arrivée dans ce nouveau pays, cela a été compliqué. Tout d’abord, je n’acceptais pas mon déménagement. Même si j’étais arrivée dans un pays francophone, j’avais du mal avec certaines expressions ou mots qui changeaient, comme les nombres. Ce n’était pas que je ne voulais pas m’adapter, mais j’avais besoin de temps. À peine là depuis trois semaines, le collège a commencé. Le premier mois et demi, je lisais des livres pendant les pauses et mangeais seule. En même temps, certaines personnes se moquaient de moi dans ma classe, quand je me trompais sur la façon de prononcer les nombres ou ils me posaient des questions sans aucun sens et rigolaient de ma réaction.

Au bout d’un moment, je me suis fait des amis. Cependant, si je ne leur demandais pas de manger avec eux, ils partaient sans moi. Après deux mois et demi, j’ai commencé à avoir des différends avec les personnes de ma classe. En plus des moqueries, ils ont commencé à m’intimider en m’encerclant à la sortie de classe, en me suivant et en faisant semblant de me frapper. Après ce jour, je n’y suis jamais retournée.

Je suis repartie en plein milieu d’année, en internat, dans mon ancien système. J’y ai vécu les six meilleurs mois de tout mon collège. Malheureusement, cet établissement était trop loin, alors j’ai dû changer à nouveau. Là-bas, je me sentais toujours bien à l’internat, mais le plus compliqué était pendant les cours. J’avais un petit groupe de copines, on s’entendait bien. Mais dans ma classe, pour une raison que je ne connais pas, on ne m’aimait pas beaucoup. J’entendais mon nom dans des discussions de personnes à qui je n’adressais jamais ou quasiment pas la parole. Je savais que ce n’était ni poli ni gentil, puisque j’entendais parfois ce qu’ils disaient de moi et des autres.

De plus j’avais une prof d’anglais, qui était aussi la directrice adjointe de l’établissement qui, au premier abord, était très soucieuse de mes problèmes d’angoisse. Mais finalement, elle me donnait des conseils très approximatifs, comme « au lieu d’être autant absente, tu devrais aller au-devant de la critique et les écouter. » En effet, j’étais souvent absente pour des problèmes de santé, qui avaient été signalés à mon inscription. Ses remarques m’ont fait comprendre qu’elle ne se souciait pas vraiment de ce qui m’arrivait. Une autre fois, j’avais été absente deux semaines et quatre jours, tout avait été vu et validé avec le CPE de mon établissement, mais elle ne semblait pas être au courant. Ce jour-là, elle a demandé à un élève, qui avait pour habitude de me critiquer, d’aller voir le CPE pour signaler que j’avais été trop absente, ce qui signifiait que j’allais peut-être recevoir un appel de l’établissement. À la suite de ça, une de mes amies m’a prévenue. Je n’ai jamais reçu d’appel, mais pour sûr, mes angoisses et ma phobie scolaire, qui étaient endormies, ont repris le dessus.

Mes parents ont alors essayé, à ma demande, de me faire avoir un emploi du temps aménagé, en prenant en compte que j’étais interne. Nous n’avons eu aucune réponse de la directrice adjointe durant l’été. C’est la veille de ma rentrée scolaire, soit le jour de ma rentrée à l’internat, qu’on a reçu un mail. Elle n’avait absolument pas pris en compte que j’étais interne et que j’habitais à une heure de l’établissement. Le jour de ma rentrée, j’ai fait trois crises d’angoisse en deux heures. Pour finir, le lendemain midi, j’étais rentrée chez moi et on entamait, avec mes parents, les procédures pour me scolariser à domicile.

 

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